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À une enfant
(Lélia D…t)
Adolphe Duhart
Tu me demandes, chère enfant,
Gracieuse et chaste Créole,
Un accord de ma lyre, un chant—
Qu’emportera trop tôt Éole.—
Mais si facile est ton bonheur,
Bonheur de joie et de lumière
Et si doux est ton petit cœur:
Comment repousser ta prière?
Ne te hâte point de jouir,
Enfant, la vie est bien amère
Et ne peut longtemps éblouir,
Tant le bonheur est éphémère.
Hélas! sur les ailes du Temps
Trop vite viennent les alarmes.
Chante encore, jouis du printemps;
Laisse pour nous les tristes larmes
Oh! laisse pour nous les regrets;
Garde encore ton insouciance,
Les petits jeux, naïfs secrets
De ta douce et pure innocence.
Ah! que toujours dans tes beaux yeux,
On lise la suave ivresse;
Que ton âme, miroir des cieux,
Ne réfléchisse la tristesse.
Ma lyre, à ta prière, enfant
Gracieuse et chaste Créole,
Évoque du bonheur un chant
Que ne puisse emporter Éole.
(dimanche, le 21 janvier 1866)