Stances sur la Mort d’une Jeune Fille

E. Grima


Comptes Rendus de l'Athénée louisianais, octobre 1890.


Comme un dernier rayon d’un beau jour de printemps
S’éteint à l’horizon en faisant place à l’ombre,
Courbant un front soumis devant la faux du Temps
Elle est morte, en laissant dans nos cœurs la nuit sombre.

Deux ans elle a souffert. —Sa plus grande douleur
N’était pas de son mal. —Elle avait une mère
Et lisait sous les traits d’un sourire trompeur
Ce que ce cœur aimant cachait de peine amère.

Passant du calme au trouble et du doute à l’espoir,
La lutte fut pénible et de longue durée.
La résignation fut son premier devoir ;
Elle en avait l’exemple en sa mère adorée.

Jamais on entendit de sa bouche sortir
Une plainte, un regret. —Si là-haut on veut d’elle,
Si les Anges en chœur lui disent de partir,
Heureuse elle obéit à la voix qui l’appelle.

Ses vertus, sa belle âme ! —en peut-on mieux tracer
L’image qu’en disant qu’au ciel sa bienvenue
Se fête, et que la mort n’en saurait effacer
Le souvenir du cœur de ceux qui l’ont connue.

Un silence profond règne autour du cercueil,
On la couvre de fleurs, on la pleure, on la fête ;
Tous les fronts sont courbés, tous les cœurs sont en deuil.
Comme elle avait d’amis ! —Combien on la regrette !

Un cortège nombreux la suit jusqu’au tombeau.
La nuit se fait, tout pleure en la nature entière.
Mourir si jeune, hélas ! est triste mais bien beau !
Tout est fini… plus rien !… rien que la froide pierre !

Le tombeau se fermait ; mornes, silencieux,
Nos regards, en quittant cette scène cruelle,
Dans un dernier adieu se portaient vers les cieux.
Une étoile y brillait… et nous disions : Est-ce elle !

 

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