La langue française en Louisiane

Charles Testut

Le Meschacébé, le 25 mars, 1876.


Ne laissons pas mourir, dans notre Louisiane,
Cette langue de la clarté
Universelle un jour, — qui, légère ou sultane,
Chante si bien la liberté !

Car elle est le tocsin des peuples qu’on opprime;
De la science le flambeau;
La patrie en danger, elle tonne, sublime,
Avec Danton et Mirabeau !

Elle entr’ouvre les cieux aux chants de Lamartine,
Sur nos revers répand des fleurs,
Et verse dans nos cœurs la promesse divine
D’un séjour qui n’a pas de pleurs...

Douce lyre d’amour, mâle clairon de guerre,
Austère apôtre du devoir,
Ses accents, tour à tour, roulent comme un tonnerre
Ou caressent comme un espoir...

Verbe sacré de nos familles,
Elle chante aux petits enfants,
Dit l’amour pur aux jeunes filles,
Offre aux vieillards des soins touchants !
En nos foyers qu’elle réside,
Et que sa morale préside
Aux tendres contrats de nos cœurs...
Aimons notre vaillante mère.
Écoutons sa voix, même austère,
Qui ne veut qu’honnêtes bonheurs !

Conservons la langue immortelle,
Charme des cœurs,des sens, des yeux,
Qui, toujours claire et toujours belle,
Parle à la terre et chante aux cieux !
Luttons, luttons pour qu’elle vive
Sur cette chère et noble rive
Où nos pères ont travaillé...
Défendons, défendons encore
L’idiome doux et sonore
Que leurs lèvres ont bégayé !

Legs sacré de la vieille France,
Tu fus le chant de nos berceaux;
Soit le but de notre espérance,
Et parle encor sur nos tombeaux !
Que ta beauté, ton harmonie,
Que ton universel génie,
Régnant un jour sur l’univers,
Répandent la paix en ce monde...
Et dans la mer la plus profonde
À jamais engouffrent nos fers !

 

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